Le Laboratoire

Pourquoi fabriquer soi-même ses images ?

Le laboratoire n'est pas l'endroit où une photographie se termine. Il est l'espace où elle révèle pleinement son intention.

C'est l'endroit où elle prend véritablement forme.

Dans ma pratique, chaque image est pensée comme un processus complet.

Une photographie ne commence pas au moment où j'appuie sur le déclencheur et ne s'achève pas lorsque le film est développé.

Elle est le résultat d'une succession de choix, de gestes et de décisions qui donnent naissance à un objet photographique unique.

Une photographie se construit à chaque étape

Avant même la prise de vue, je prends le temps de préparer chaque projet.

Le choix du sujet, du lieu, de la lumière, du matériel, du film et de son rendu font partie intégrante de la photographie.

Rien n'est laissé au hasard.

Mais rien n'est figé non plus.

J'aime laisser une place à l'imprévu, aux rencontres et à ce que le moment peut offrir.

Lorsque j'appuie sur le déclencheur, je sais déjà que le travail est loin d'être terminé.


Le négatif, première archive de l'image

Le film est développé dans mon laboratoire selon des procédés traditionnels.

Chaque étape est réalisée avec le même soin que la prise de vue : préparation des solutions, développement, bain d'arrêt, fixation, lavage et séchage.

Le négatif, première archive de l'image constitue l'archive originale de la photographie.

C'est lui qui traversera le temps et permettra, des années plus tard, de réaliser de nouveaux tirages sans jamais perdre l'essence de l'image.


Le tirage, une interprétation finale

Je réalise également mes tirages en chambre noire.

Le choix du papier, du contraste, des temps d'exposition, des masquages, des virages et des différentes étapes de développement participe pleinement à l'interprétation de la photographie.

Le tirage, une interprétation finale n'est pas une simple reproduction du négatif.

Il en est l'aboutissement.

Chaque photographie est interprétée avec la même attention que lors de sa prise de vue.


Maîtriser l'ensemble du processus

J'ai choisi de conserver la maîtrise de toutes les étapes de fabrication de mes photographies.

De la préparation d'un projet à la prise de vue, du développement des négatifs au tirage final, chaque décision influence le résultat.

Cette démarche demande davantage de temps.

Elle me permet surtout de rester pleinement responsable de chaque image que je réalise.

Je considère que le laboratoire fait partie intégrante de mon travail de photographe.

Il n'est pas une étape technique séparée.

Il est le prolongement du regard porté au moment de la prise de vue.


Une tradition tournée vers l'avenir

Entre 1889 et 1906, Charles Fabre rassemble les connaissances photographiques de son époque dans son Traité encyclopédique de la photographie.

Plus d'un siècle plus tard, ces principes demeurent étonnamment actuels.

Comprendre la lumière.

Maîtriser le procédé.

Accorder à chaque photographie le temps qu'elle mérite.

Les outils évoluent.

Les technologies changent.

Les fondements de la photographie, eux, demeurent.


Créer des images à transmettre

Je ne maîtrise pas ce processus par attachement au passé, mais parce qu'il me permet de prolonger mon regard jusqu'à l'objet photographique final.

Je le maîtrise parce qu'il me permet de créer des témoignages photographiques dont chaque étape, du négatif jusqu'au tirage, porte la trace d'un choix conscient.

Chaque photographie devient ainsi un objet matériel, conçu pour être conservé, transmis et traverser le temps.

« Pourquoi fabriquer soi-même ses images ? Elle prend forme au fil du temps. »